Les bienfaits de l’intégration des enfants à défis en milieu de garde

zhen-hu-674293-unsplash.jpg

L’intégration des enfants à défis particuliers constitue un levier considérable pour le développement de leurs habiletés. Cependant, il soulève des enjeux tout aussi importants pour les milieux de garde, qui doivent s’y adapter tout en préservant la qualité des services alloués aux autres enfants. Or, au cours de mon expérience en tant qu’éducatrice spécialisée en garderie, j’ai pu observer les bienfaits de ce processus d’intégration sur l’ensemble des enfants des milieux concernés.

1.     Le développement de l’autonomie et des habiletés sociales de l’enfant

Si les enfants à défis particuliers présentent souvent des retards dans certaines sphères de développement à cause de leurs différences (trouble du langage et de la communication, difficultés motrices, etc.), ils n’en sont pas moins capables de grands progrès. Le fait de bénéficier de la pédagogie des milieux de garde permet de les exposer à une multitude d’apprentissages dans différentes sphères. Les activités proposées, le matériel à disposition et l’expertise des éducatrices sont des ressources très précieuses pour un enfant qui a besoin de plus de stimulation que les autres. De plus, il apprendra à s’adapter à la vie sociale et à devenir plus autonome, puisqu’il devra suivre la routine du groupe. Aussi, la présence des autres enfants est un paramètre indispensable dans le développement de l’enfant en question. Il pourra ainsi les imiter pour enrichir son langage, apprendre à partager et jouer avec eux, ce qui l’aidera à construire son estime de soi.

2.     Le petit « plus » apporté à la pédagogie du milieu de garde

Intégrer un enfant avec des défis particulier est une occasion de perfectionner l’approche pédagogique du milieu de garde pour la rendre plus inclusive et adaptées à différents profils. Elle sera alors encore plus profitable à tous les enfants qu’elle accueille. En effet, on pense souvent aux conséquences négatives des concessions que les éducatrices doivent faire en faveur de l’intégration de ces enfants sur la gestion du groupe. Or, et si cela avait au contraire un impact positif sur l’éducation qui leur est dispensée? Bien qu’une telle adaptation mobilise beaucoup d’énergie, c’est une expérience très formatrice. Apprendre à répondre aux besoins particuliers d’un enfant, c’est reconnaître la Neurodiversité et devenir plus réceptif aux défis de chaque enfant. Ainsi, cela favorise aussi le dépistage précoce. Bien sûr, il est primordial que les éducatrices soient soutenues et outillées par des formations et des professionnels, étant donné l’implication et l’expertise que cela nécessite.

3.     L’effet positif sur les autres enfants du groupe

Non seulement, l’intégration d’un enfant à défis dans un groupe d’enfants les rend plus autonomes et responsables, car ils prennent le rôle de modèle et doivent à certains moments prendre des initiatives quand leur éducatrice s’occupe de l’enfant. Mais le plus bel aspect de cette intégration, c’est l’esprit d’ouverture, d’entraide et de solidarité qu’elle apporte dans le groupe suite à la sensibilisation qui est faite. J’ai ainsi vu des enfants appliquer spontanément les techniques de stimulation du langage que j’utilisais pour entrer en interaction avec l’enfant et faire des adaptations dans leur jeu pour les intégrer. À mon sens, il est très important d’inculquer le plus tôt aux enfants que nous sommes tous différents. C’est à cet âge-là que l’on sème la graine de la tolérance afin d’éviter les comportements d’intimidation plus tard, qui reposent sur l’ignorance et la peur qui en résulte. Verbaliser les défis de chaque enfant sans jugement permet de leur donner une voix, de mieux se connaître, s’accepter et transformer leurs difficultés en forces. Enfin, aller vers une véritable inclusion dans les milieux de garde, c’est participer à construire une société plus juste et équitable pour les adultes de demain.

 

 

Monalisa Didier

 

 

5 activités sensorielles et stimulantes pour l’été

 

L’été, les enfants veulent toujours être dehors, et on les comprend! C’est alors l’occasion de les initier au contact de la nature et de faire des activité un peu plus salissantes. C’est aussi un moment où ils peuvent être plus détendus et disponibles aux apprentissages et aux interactions. Voici 5 idées d’activités économiques et écologiques à faire soi-même en (ré)utilisant ce qu’on a chez soi. Autant d’occasions pour stimuler les 5 sens, la créativité, le jeu et les habiletés sociales, tout en passant un bon moment avec votre enfant à l’extérieur!

1. Le toucher : des bacs sensoriels

 

Installez des bacs sensoriel sur votre balcon, dans votre jardin ou au parc, cela fera moins de dégâts qu’à l’intérieur! Plusieurs choix s’offrent à vous pour le contenu :

  • Des lentilles, du riz, de la semoule ou des haricots secs pour y plonger ses mains (à ne pas faire avec des enfants trop jeunes, bien évidemment). Vous pouvez aussi les mettre dans des boîtes de café vides en métal, pour qu’il puisse les transvaser d’une boîte à l’autre à l’aide d’une cuillère ou de ses mains et ainsi travailler ses habiletés motrices.

  • Du « sable lunaire », très agréable à manipuler: mélanger 8 tasses de farine (sans gluten s’il suit une diète) pour 1 tasse d’huile végétale. Vous pouvez ajouter des épices pour colorer le sable : poudre de betterave pour le rose, matcha ou spiruline en poudre pour le vert, poudre de curcuma pour le jaune, paprika pour le rouge… à vous de tester de nouvelles couleurs, du moment que c’est comestible et naturel !

  • Un bac d’eau, tout simplement. Les enfants adorent jouer avec l’eau, et cela peut-être utile pour les rafraîchir quand il fait très chaud, ils peuvent alors tremper leurs mains et leurs pieds dans l’eau.

    Ajoutez ce que vous voulez dans les bacs : des personnages, des figurines en forme d’animaux, des cuillères, des galets, des récipients… Cependant, évitez de tout mélanger, vous pouvez classer leur contenu par thème pour que différentes idées émergent en fonction de chacun des bacs. Guidez ensuite votre enfant pour développer son imagination et ses habiletés de motricité fine en interagissant avec lui, pour ensuite le laisser jouer de façon autonome si besoin.

2. La vue : de la peinture version nature

 

La peinture permet de stimuler la créativité des enfants et peut être un remarquable outil d’expression pour les enfants à défis particuliers ayant de la difficulté à exprimer leur émotions. En extérieur, elle laisse place à plus de liberté et d’expérimentations:

  • Fabriquez votre peinture naturelle et comestible: 2 tasses d’eau, 1/8 tasse de sucre et ½ tasse de fécule de maïs ou de pommes de terre, chauffez à feu doux en mélangeant puis séparez-les dans des pots Masson (ou pots de ketchup vide, parfait pour réutiliser ensuite la peinture). Ajoutez dans chacun des épices ou des poudres naturelles pour colorer, mentionnées dans la première activité.

  • Accrochez une grande feuille à une clôture, une rambarde ou un tronc d’arbre pour que votre enfant puisse tenir debout et peindre avec ses mains ou en jetant de la peinture à distance avec son pinceau à la Jackson Pollock. Vous pouvez tapisser le dessous de papier journal pour protéger le sol si besoin. Sinon, installez une grande feuille (ou autre support original : planche de bois, vieux tissus…) au sol et laissez l’enfant expérimenter la peinture avec ses pieds ou en jetant de la peinture d’en haut avec son pinceau. Vous pouvez aussi mettre de la peinture dans des pistolets à eau, mais il faut s’attendre à ce que ça dégénère un peu!

  • Placez un support sur une table ou par-terre et ramassez des éléments de la nature pour peindre (feuilles, fleurs, pommes de pin…) qui donneront de très beaux résultats! (À essayer aussi selon ses intérêts : avec les roues d’une petite voiture, des personnages, etc.)

3. L’odorat : un jardin aromatique

 

Le jardinage offre un contact unique avec la nature, il permet d’apaiser les émotions et de solliciter tous les sens (en plus de sauver les abeilles!). Vous pouvez récupérer des récipients dans votre bac de recyclage et les décorer ensemble selon les intérêts de votre enfant. Il vous faudra ensuite du terreau biologique et des pieds d’aromates ou de fleurs.

  • Encouragez tout d’abord votre enfant à sentir les différentes plantes pour les différencier ; s’il parle bien, vous pouvez lui dire de fermer les yeux et de deviner ce que c’est ou de décrire l’odeur. Il peut même gouter des touts petits morceaux d’aromates pour expérimenter de nouvelles saveurs. Faites-lui ensuite malaxer la terre, la transférer dans les pots, faire un trou pour mettre les racine et ajouter de la terre délicatement. Un bel exercice sensoriel et stimulant la motricité fine. Vous pourrez ensuite lui donner la responsabilité d’arroser la et les plantes chaque jour ou le faire avec lui, afin qu’il en suive l’évolution. Vous pouvez aussi faire l’exercice avec des graines que vous plantez, si votre enfant est patient!

  • Vous pouvez aussi lui laisser improviser son propre jardin, avec du terreau dans un bac avec des fleurs, des brindilles, des légumes racines, des petits pots, des râteaux et des cuillères…

4. Le goût : de la pâte à sel aux épices

 

Parfois, les vieilles recettes sont les meilleures. Plutôt remplacée par la pâte à modeler industrielle, la pâte à sel est pourtant économique et moins toxique que la célèbre pâte colorée. Elle laisse place à beaucoup de liberté pour exprimer sa créativité et est très intéressante au niveau sensoriel en étant très malléable, mais aussi comestible.

  • Il vous suffit de mélanger 2 tasses de farine (sans gluten si besoin) et 1 tasse de sel, puis d’ajouter 1 tasse d’eau tiède (vous pouvez bien-sûr modifier la quantité selon la consistance que vous désirez). Ajouter encore une fois des épices magiques pour colorer et faite goûter à des petits morceaux pour stimuler la curiosité gustative… Cela peut être aussi un bon moyen de stimuler le langage tout en s’amusant, par exemple : « et si on goûtait une tomate ? Fais moi une petite tomate ! ».
  • Laissez place à la créativité, avec des ustensiles ou non (cuillère, rouleau à pâtisserie, emporte-pièce…). Pour garder les oeuvres d’art, laissez reposer une demi-journée et cuisez entre 190 et 200°F, en étirant le temps de cuisson entre 2 et 5h en fonction de la grosseur de l’objet et de la mollesse de la pâte.

5. L’ouïe : des instruments bric-à-brac

 

  • Réutilisez des choses destinées à la poubelle ou au recyclage (boîtes de café en métal, bouteilles, rouleau d’essuie-tout, élastiques, cordons, etc…) et ramassez ensemble des choses dans la nature : roches, bâtons, pommes de pin… Assemblez-les pour faire des maracas, des tambours, des instruments à corde ou à vent, et faites votre propre concert ! Dites à votre enfant de vous imitez (« fais ça ») en faisant des gestes simples, mettez de la musique pour qu’il suive le rythme, faites-le fermer les yeux et deviner l’instrument, allongez-vous ensemble pour écouter les bruits de la nature et laissez le vent et les oiseaux vous inspirer…

  • Faites des maracas avec des graines et transformez-les en mangeoires pour les oiseaux, puis guettez leur venue!

  • Fabriquez un mobile qui fera de la musique avec le vent: utilisez du bois, des roches, des feuilles, etc.

Maintenant, c’est à vous de jouer! Ouvrez l’oeil sur le matériel que vous pouvez réutiliser pour des activités et n’hésitez pas à faire preuve de créativité sur la manière de stimuler votre enfant à l’aide du matériel. S’il refuse de faire l’activité, mettez-la de côté, dites-lui qu’il y reviendra quand il en aura envie, faites-la vous-même en l’interpellant de temps en temps et attendez qu’il s’y intéresse de nouveau. N’oubliez pas que chaque activité doit être amusante et qu’il faut d’abord lui laisser le temps d’explorer et de s’habituer à certaines textures et odeurs avant d’intervenir… Imaginez que vous redevenez enfant et laissez-vous porter par votre inspiration!

Monalisa Didier, éducatrice spécialisée

Pour prendre rendez-vous pour une consultation en coaching parental

Références et images: https://www.pinterest.ca/

Quand l’ICI (Intervention comportementale intensive) ignore les besoins de l’enfant

hal-gatewood-484652-unsplash
Photo by Hal Gatewood on Unsplash

Tout parent d’enfant autiste connaît certainement de près ou de loin l’ICI, thérapie offerte par défaut aux enfants ayant un diagnostic de TSA par les services publics. Ses résultats positifs (entre 45 et 47 % d’efficacité selon les recherches) ont conduit la Haute Autorité de Santé à recommander cette pratique en 2012, et incité les parents concernés à fonder tous leurs espoirs sur cette thérapie. Pour certains, cela a changé leur vie : des enfants qui se mettent à parler, qui deviennent plus calmes et augmentent leurs apprentissages… En effet, l’ICI peut permettre aux enfants de canaliser leur énergie et de faire des progrès importants. Mais est-ce le cas de tous les enfants, et à quel prix?

Une intervention efficace?

Non seulement les coûts de l’ICI sont énormes pour le gouvernement (environ 3,5 millions par année) car cela nécessite un(e) intervenant(e) par enfant pour un minimum de vingt heures par semaine, mais les parents peuvent aussi dépenser des sommes astronomiques au privé pour de l’ABA*, si leur enfant est sur liste d’attente pour l’ICI. Or, cette dernière reste à prendre avec précautions. Selon Laurent Mottron, les études portant sur l’ICI seraient biaisées, leurs conditions expérimentales différant beaucoup de la réalité des enfants qui profitent vraiment de ces thérapies. En effet, chaque enfant et différent et l’ICI ne peut pas s’adapter aux besoins de tous. Pour commencer, ses programmes d’apprentissages pour la thérapie en 1-1 sont les mêmes pour tous les enfants. Ils sont adaptés à leur niveau de développement mais suivent toujours les mêmes objectifs, seul le matériel change. On vise alors des compétences cognitives socialement attendues pour un bon fonctionnement et une bonne intégration, sans viser en amont le développement de l’individualité et du bien-être de l’enfant.

Cependant, les pratiques peuvent être très différentes d’une intervenant(e) à un(e) autre, ce qui peut aussi faire varier les résultats obtenus. Les thérapies ne sont pas uniformes selon les milieux, surtout qu’il est très difficile de maintenir une stabilité en général (roulement très fréquent des intervenant(e)s, imprévus liés au milieu de garde ou aux parents, non collaboration de l’enfant, etc.). L’efficacité est également questionnable dans le sens où seulement certains enfants sont en mesure de bien répondre à cette approche. Comme je l’ai expliqué dans un article antérieur sur l’ABA, les résultats peuvent être positifs chez ceux d’âge scolaire, de haut niveau ou ayant peu de difficultés comportementales. Alors, il s’agit de renforcer leurs apprentissages comme on le ferait avec du soutien scolaire et cela suffit à stimuler leur communication, si la thérapie est menée de manière assez interactive, et seule l’intensité reste à questionner.

Par contre, lorsqu’il s’agit de jeunes enfants avec un niveau de difficultés plus important et certains besoins sensoriels, c’est une toute autre histoire… Or, c’est souvent le cas des enfants qui bénéficient de l’ICI car ils sont prioritaires sur les listes. À travers mon parcours, j’ai pu rencontrer plusieurs enfants dans ce cas et dont je pourrais vous conter l’histoire, mais j’en relaterai une en particulier pour illustrer mon propos. Prenez note que je ne cherche évidemment pas à critiquer l’ensemble des professionnels de cette pratique, mais plutôt avertir sur ses dérives possibles dans certains cas, pouvant alors mettre en péril le bien-être des enfants.

L’histoire d’un enfant forcé

C’est l’histoire d’un enfant de tout juste 4 ans avec qui j’ai été appelée à faire de l’ICI à travers le secteur public. Lorsque j’accède à son dossier, on m’avertit qu’il est dans une phase d’opposition mais qu’un « protocole » a été mis en place pour faire face à ses crises répétitives. Je suis surprise d’apprendre qu’il se nourrit exclusivement de craquelins à tous les repas. C’est un enfant au teint pâle et dont les sourires sont rares, mais qui semble avoir beaucoup d’énergie à dépenser. Je découvre qu’il a en effet un grand besoin de contrôle et qu’il lui faut beaucoup d’efforts et de répétitions pour retenir un mot et le prononcer de façon écorchée. Le pauvre petit veut tellement communiquer, mais il lui manque des pièces du puzzle pour y parvenir. Alors, il semble vivre une frustration intense face aux efforts que lui prennent mes nombreuses demandes. En effet, il y a une trentaine d’objectif dans son plan d’intervention, et je le vois pendant trois heures sans pause, environ quatre jours par semaine.

Dès qu’il sent l’échec arriver, il s’éloigne, renverse la table, essaie de me frapper ou me griffer, crache sur les murs, se fâche à en devenir rouge écarlate, lance mes souliers… Il trouve ainsi toujours de nouveaux moyens de me faire céder, stopper la séance et le laisser tranquille avec ses jouets. Malheureusement pour lui, ce ne sont pas les ordres que j’ai reçus de la part de ma superviseure: afin d’en finir avec cette opposition, je suis sensée le poursuivre à travers la pièce et répéter la consigne jusqu’à ce qu’il finisse par s’assoir et coopérer. Alors, cela peut durer des heures de pleurs et de cris. L’enfant réagit comme s’il était agressé, il se défend comme il peut et finit par se perdre dans une explosion d’émotions. Comme par hasard, il se remet à refaire de l’eczéma qui le réveille la nuit et à faire caca dans ses culottes à la maison…

Au bout de 3 mois de bataille, les crises s’éteignent progressivement. J’essaie de rendre la séance la plus plaisante possible lorsqu’il accepte de collaborer quelques minutes. J’ai l’impression de marcher sur des oeufs, je fais tout pour ne pas le contrarier, éviter les échecs et l’amuser tout en travaillant la multitude d’objectifs. Je lui apporte plein de jouets en accord avec ses intérêts et utilise ceux-ci non pas comme récompense mais comme occasion d’apprentissage. Il finit alors par m’accorder sa confiance et jouer le jeu, malgré quelques réactions agressives persistantes lorsqu’il commence à fatiguer. Malgré l’issue plutôt positive de cette expérience, j’ai quitté peu de temps après ce travail, épuisée et franchement traumatisée par le « protocole » que l’on m’avait fait appliquer.

Le revers de la médaille

Morale de l’histoire: il est clair que l’intensité et les méthodes de cette thérapie n’étaient pas du tout adaptées à cet enfant. D’ailleurs, dès que j’ai modifié mes méthodes d’apprentissage, il a répondu positivement. Si l’application du protocole y a contribué, ce n’est pas sans souffrance de sa part. En effet, à travers cette histoire (et pas seulement celle-ci), j’ai pu voir que les professionnels de ce domaine mettaient parfois en place des interventions aversives, ignorant totalement la détresse des enfants et n’hésitant pas à culpabiliser les intervenantes en cas d’échec (sans parler du manque de considération pour nos suggestions et nos propres difficultés, comme au cours de ce protocole). En conclusion, j’ai pu voir que non seulement l’ICI ne fonctionnait pas sur tous les enfants, mais aussi qu’elle peut sévèrement nuire à leur bien-être physique et émotionnel, en niant entre autres certains besoins sensoriels et créatifs.

Selon moi, cet enfant aurait du bénéficier d’une intervention bien plus adaptée à son niveau de développement et à son profil, en priorisant la gestion de ses rigidités alimentaires. Cela lui aurait permis d’avoir les nutriments essentiels à son développement et d’être plus disponible aux apprentissages. Il aurait également fallu lui offrir plus de pauses et en profiter pour pratiquer plus d’activités de motricité globale afin qu’il puisse combler son besoin sensoriel de bouger. Viser plus de qualité face à la quantité des objectifs aurait également aidé l’enfant à les assimiler, et bien sûr réduire au maximum ce temps « assis à la table », pouvant être vécu comme une punition à ce jeune âge où l’on est sensé jouer pour apprendre. Pour finir, se préoccuper plus de ses besoins de communication et de ses intérêts en le laissant guider davantage la séance lui aurait certainement été profitable; lorsque je le faisais, le cercle de communication s’ouvrait et je voyais ses petits yeux briller.

C’est en cela que des thérapies plus souples comme l’approche SCERTS, le modèle de Denver (ESDM), le DIR Floortime et le programme Son-Rise sont beaucoup plus respectueuses des étapes de développement de l’enfant ainsi que de ses besoins. De plus, elles permettent aux parents de s’impliquer dans ces étapes, étant bien placés pour connaître mieux leur enfant que n’importe quel(le) superviseur(e) ICI. Ainsi, le fait de développer les intérêts de l’enfant lui donne accès à plus d’occasions d’apprentissage et d’échanges, en allant chercher sa motivation dans un contexte naturel. Et dans ce sens, il aura également plus de temps à consacrer aux activités de groupe dans son milieu de garde, au lieu d’être enfermé en 1-1 pendant des heures avec son intervenant(e)… Car c’est le plaisir social qui le mènera à imiter ses pairs et à vouloir communiquer et apprendre.

Protéger et favoriser le bien-être de l’enfant

C’est aussi pourquoi il est important d’adopter une approche holistique qui prend en compte le bien-être global de l’enfant : est-il épanoui dans sa routine et dans ses activités ? Mange-t-il des aliments qui contribuent à son bien-être et à sa disponibilité aux apprentissages ? Dort-il assez bien ? Vit-il dans une harmonie suffisante au sein de sa famille et de son milieu de garde ? Exerce-t-il assez sa créativité?

J’aime beaucoup la pyramide de Maslow pour enfants que papapostive.fr a publiée récemment, car elle illustre parfaitement ce que devrait prendre en compte les interventions auprès des enfants à défis particuliers selon moi (besoins physiologiques, besoin de sécurité, besoin d’appartenance, besoin d’estime de soi et besoin d’accomplissement):

 

Ainsi, je ne peux que recommander aux parents de communiquer avec les professionnels de l’ICI et de l’ABA afin de placer les intérêts et les besoins de leur enfant au premier plan et de s’assurer que leurs objectifs lui sont vraiment utiles et profitables. Quelle est l’importance que l’enfant connaisse une cinquantaine de mot s’il n’est pas capable d’exprimer tous ses besoins à la maison ou de jouer de manière autonome? À quel point peut-on fermer les yeux sur le stress que provoque ce type de thérapie chez l’enfant?

Il est tout simplement nécessaire de se questionner sur ce qui est le mieux pour lui dans le développement de son individualité. Il faut en finir avec l’obsession de la performance, de la normalisation et de l’entrée à l’école. Si l’enfant est épanoui et heureux en société, si l’on répond à ses besoins de stimulation et de jeu, il sera sûrement capable d’aller à l’école. Lui offrir du plaisir dans son apprentissage devrait être une fin en soi et pas seulement un moyen d’atteindre un objectif. N’oubliez jamais que son autonomie, son bien-être physique, son estime de soi ainsi que l’affirmation de son identité valent mieux que n’importe quelle acquisition académique et que cette dernière ne peut exister sans ces quatre conditions.

Alors, que vous soyez en attente de services ou non, ne misez pas tout sur l’ICI car il y a d’autres actions qui peuvent aider votre enfant : mettre en place une hygiène de vie et une routine saine, prendre le temps de jouer avec lui et de stimuler ses habiletés, favoriser son autonomie et sa socialisation, et plus encore… N’oubliez pas que vous êtes les vrais experts de votre enfant et que vous pouvez faire une grande différence dans sa vie, et ainsi dans son avenir.

Monalisa Didier, éducatrice spécialisée

* l’ABA (Analyse du comportement ou AAC en français) est globalement la même thérapie que l’ICI mais sa fréquence n’est pas nécessairement aussi intensive, c’est pourquoi je la considère comme moins « dangereuse » et qu’elle peut même convenir à certains enfants, quand elle est pratiquée de manière souple (pauses, période de jeux, durée réduite, etc.).

Références :

HARRISSON, B., & ST-CHARLES, L. (2012). Hypothèse du fonctionnement interne de la structure de pensée autistique. Psychologie & éducation, (2), 69-84.

Jancarik, A. S. (2015). Recension d’écrits sur les effets e l’intervention comportementale intensive pour la clientèle de 2 à 5 ans.

Mottron, L. (2016). L’intervention précoce pour enfants autistes: Nouveaux principes pour soutenir une autre intelligence. Mardaga.

de Santé, H. A. (2012). Autisme et autres troubles envahissants du développement: interventions éducatives et thérapeutiques coordonnées chez l’enfant et l’adolescent. Mars.

 

10 étapes pour aider son enfant autiste

caleb-woods-269348-unsplash
Caleb Woods sur Unsplash

Malgré tous les instants de bonheur que cela peut apporter, éduquer un enfant différent n’est pas toujours évident. En effet, cela nécessite des aménagements pour préserver sa qualité de vie et lui permettre de progresser avec ses particularité. Or, ces compétences ne sont pas innées et parfois, un sentiment d’impuissance peut venir décourager les parents qui misent alors tout sur les professionnels. Cependant, intervenir auprès d’un enfant autiste au quotidien, cela s’apprend. Si vous ne savez pas par où commencer, voici des étapes pour vous aider.

1. Équilibrer son alimentation et son sommeil

Pour qu’un enfant soit disponible aux apprentissages, il doit être avant tout bien dans son corps et dans sa tête et avoir tous les nutriments nécessaires à son développement. Nous l’expérimentons nous-même en tant qu’adultes: lorsque nous avons le ventre vide, des problèmes de digestion ou des maux de tête, c’est plus difficile de fonctionner ou d’apprendre de nouvelles choses, sans parler de la détresse que cela peut causer à long terme. Or, les études montrent que les enfants autistes ont plus de problèmes gastro-intestinaux que les autres. En effet, la composition de leur microbiote intestinal semble présenter certaines différences pouvant entraîner des inconforts, des intolérances alimentaires et/ou des carences par malabsorption des nutriments (ou à cause des rigidités alimentaires). Si en principe l’autisme ne se « guérit » pas, des études montrent que des améliorations du comportement et des apprentissages sont observées grâce à certaines diètes alimentaires, notamment en mangeant plus d’aliments naturels, en prenant des suppléments pour lutter contre les carences et en adoptant une diète adaptée à leur profil (avec comme base le retrait du gluten et de la caséine, protéines difficiles à digérer). En effet, chaque enfant a des besoins uniques et il est donc préférable se faire accompagner au départ par un professionnel en naturopathie pour obtenir des résultats positifs sur le bien-être global de l’enfant. De plus, adopter une approche holistique permet d’aider les enfants à mieux dormir, ce qui est primordial pour leur développement.

2. Lui donner une routine saine et stable

Nos habitudes de vie ont un fort impact sur notre bien-être, et cela est encore une fois valable pour nous aussi: que nous ayons mal dormi, sauté notre petit déjeuner ou pas bougé assez, nous en ressentons immédiatement les effets. Les enfants sont encore plus sensibles à la régularité et aux types d’activités qu’ils entreprennent. Alors, vous pouvez mettre en place une routine afin de fixer des habitudes saines pour son développement. Veillez à ce qu’il fasse de l’exercice physique pour soutenir son organisme et lui permettre de se défouler, offrez-lui des moments de détentes avec des livres et des exercices de yoga ou de relaxation, évitez au maximum les stimulations et pollutions visuelles, sonores et chimiques afin de ne pas surcharger son organisme… Et enfin, programmez chaque jour un moment réservé aux activités stimulantes et créatrices pour éveiller sa curiosité et son désir d’apprendre.

3. Cerner ses difficultés et en comprendre la cause

Tous les enfants sont différents, et les enfants autistes ont d’autant plus leur personnalité bien à eux. Il est donc important de les observer dans différents contextes afin de mieux comprendre comment ils fonctionnent. Ainsi, vous pourrez agir sur ce qui entrave leur fonctionnement au quotidien. Écrivez dans chaque sphère ses forces et ses difficultés, et cherchez à en identifier la cause en utilisant les questions « quand, quoi et pourquoi » (très utiles pour comprendre les troubles de comportement). Par exemple, s’il a de la difficulté à répondre à une question, demandez-vous si cela empire dans certaines situations (bruit, fatigue, etc.), comment il s’y prend (geste, mot ou phrase) et pourquoi il peine à le faire (ex: la question est trop compliquée ou trop large). De cette manière, vous pourrez adapter vos façons d’intervenir à ses besoins et cibler des aspects prioritaires à travailler, en visant ceux qui affectent sa qualité de vie.

4. Repérer ses forces et ses intérêts

Les enfants autistes ont aussi leurs forces, par exemple au niveau visuel, créatif, social, langagier, etc. Les repérer pour s’en servir de levier vous permettra de faciliter ses apprentissages en allant chercher sa motivation. Pour amener un enfant autiste à collaborer, il faut parler son langage, s’intéresser à lui. Par exemple, si un enfant aime les voitures, on s’en servira pour qu’il fasse des demandes pour l’avoir. On pourra ensuite lui montrer comment jouer de manière plus symbolique et créative en introduisant des personnages dans ses voitures, en lui montrant comment dessiner des voitures, etc. Cela permettra  d’élargir progressivement ses intérêts de jeu pour qu’il puisse s’en servir pour apprendre et s’épanouir.

5. Structurer son environnement

Vous le savez certainement, les personnes autistes aiment en général ce qui est prévisible, clair et imagé. Alors, vous pouvez faciliter son quotidien à l’aide d’outils visuels à la manière TEACCH. Les routines de la semaine et de la journée peuvent être indiquées à l’aide d’un calendrier et d’un horaire (attention à le prévenir en cas d’imprévu), les étapes des tâches difficiles (habillement, toilette, brossage des dents, etc.) décortiqués en images. L’environnement où il vit doit être épuré pour qu’il maintienne son attention sur ses activités quotidiennes, ses jouets rangés par catégorie pour qu’il puisse les retrouver facilement. En effet, il est important pour un enfant qui a des difficultés de planification et d’exécution de comprendre son environnement ainsi que la temporalité des évènements. Dans sa chambre, on peut séparer l’espace en un coin jeu, un coin détente et un coin activité manuelle si l’on dispose de beaucoup de place, par exemple. Aussi, pour un enfant qui a des difficultés cognitives, chaque activité doit se faire toujours au même endroit pour ne pas créer de confusion et afin que les apprentissages se maintiennent (s’habiller dans la chambre, manger dans la cuisine, jouer dans sa chambre, lire une histoire dans le salon, etc.). La régularité et l’organisation à la maison sont donc très importantes.

6. Apprendre à le stimuler au quotidien

Comme nous l’avons déjà mentionné, les enfants autistes fonctionnent et apprennent différemment. Je vous encourage donc à vous former à certaines méthodes de jeu favorisant le plaisir et les apprentissages des enfants. Ainsi, vous gagnerez du temps et de l’argent en devenant autonome en ce qui concerne la stimulation de votre enfant. Après tous, les parents sont les principaux éducateurs et modèles de leurs enfants, alors pourquoi pas mettre toutes les chances de votre côté en utilisant chaque moment de la vie quotidienne comme occasion d’apprentissage? Par exemple, encouragez-le à faire des demandes (adaptées à son niveau) dès qu’il est motivé à avoir quelque chose. Poussez-le à faire de nouvelles acquisitions au niveau de son autonomie en rendant la tâche amusante, puis récompensez-le avec des jeux qu’il aime, des câlins et des félicitations. Faites des demandes claires et simples, assurez-vous qu’il vous comprend toujours et que l’objectif demandé est atteignable. Instaurez une courte période de jeu chaque jour dans lequel vous entrez en interaction et vous lui montrez de nouvelles façons de jouer. Intéressez-vous à ce qu’il fait, poussez-le à aller plus loin. Encouragez-le à vous imiter ainsi que ses frères et sœurs.

7. Veiller à ce qu’il ait une bonne socialisation

Vivre dans un environnement trop restreint n’aidera pas votre enfant à évoluer; il aura plutôt besoin de plusieurs modèles à imiter, qui seront une ressource précieuse pour lui. Amenez-le alors vers des lieux de socialisation comme la garderie, le parc, ou mettez-le en contact avec des enfants de votre entourage. Veillez à ce qu’il ait chaque jour des petits moments privilégiés avec chaque membre de la famille. S’il est intégré en garderie, faite les démarches pour qu’il soit accompagné par quelqu’un afin de stimuler ses habiletés sociales et communiquez avec les personnes qui le prennent en charge afin d’harmoniser vos pratiques.

8. Aller chercher de l’aide

Veillez à recevoir l’aide dont vous avez besoin de la part de votre conjoint(e), de votre famille et de professionnels. Nous savons que le diagnostic vient avec de lourdes responsabilités et il donc important d’être entouré(e) et d’avoir quelques moments de répit. N’hésitez pas à solliciter vos proches pour garder votre enfant quelques heures par semaine, cela lui sera profitable de rencontrer des personnes différentes et d’explorer divers interactions. Renseignez-vous sur les services de répit, de gardiennage spécialisé, d’activités pour enfants à défis ou de services privés et restez informé(e) sur les prestations et services publics auxquels vous avez droit (faites-vous aider dans cette recherche si nécessaire). Si vous recevez déjà des services, veillez à ce que les objectifs soient adaptés à ses réels besoins et à ce qu’ils favorisent son bien-être.

9. Harmoniser les pratiques autour de lui

Si plusieurs proches et professionnels gravitent autour de lui, veillez à maintenir une communication entre vous. Sinon, cela pourrait entraver l’efficacité des interventions. Assurez-vous donc d’intervenir de la même façon d’une personne à l’autre pour qu’il fasse des progrès dans plusieurs contextes. Par exemple, la façon de gérer certains types de crise peut influencer l’issue de celle-ci. Notamment, s’il s’agit d’opposition, il ne faut pas qu’un des deux parents cède alors que l’autre maintient la consigne, ou l’enfant aura tendance à  privilégier ses communications auprès d’un seul parent.

10. Prendre soin de vous

Si en tant que parent vous décidez de vous engager dans ces étapes, il faut bien entendu que vous ayez assez d’endurance et de vitalité pour le faire. Cela veut dire que vous devrez prendre soin de votre santé physique et mentale. Cela prend aussi l’humilité et le recul nécessaire sur votre vie pour être prêt à engager des changements, vous devrez alors acceptez vos faiblesses et vos erreur, vous armer de patience et accepter votre enfant tel qu’il est en respectant son stade de développement. Vous devrez vous aimer et vous préserver assez pour pouvoir lui donner tout l’amour dont il a besoin. Prenez du temps pour vous, faites du yoga, du sport, des activités créatives. Prenez soin de votre relation de couple et/ou de vos  relations amicales et familiales. Montrez à votre enfant le bon exemple en communiquant vos émotions et en s’adressant à lui avec bienveillance. Pour finir, donnez-vous des objectifs graduels pour franchir ces étapes et n’oubliez pas de vous féliciter pour chaque petite graine que vous sèmerez, car celle-ci aura le potentiel de faire éclore l’avenir de votre enfant.

Monalisa Didier, éducatrice spécialisée

Pour prendre rendez-vous pour une consultation

De la « yogathérapie » pour les enfants à défis

UtahPrenatalYoga_yogaplaydate-781x512
utahprenatalyoga.com

Nombreux sont les enfants qui vivent avec des difficultés d’adaptation touchant leur fonctionnement au quotidien. L’autisme, les troubles d’apprentissage et du développement, les troubles du langage ou encore le TDA/H sont autant de conditions qui peuvent altérer non seulement la réussite scolaire mais aussi et les interactions sociales, l’estime de soi, la gestion des émotions et les comportements, pouvant créer une certaine détresse émotionnelle. Si les thérapies classiques permettent d’améliorer le fonctionnement social et académique, rares sont celles qui se penchent avant tout sur le bien-être intégral de l’enfant. De plus, le savoir pointu des professionnels peut parfois donner aux parents un sentiment d’impuissance face à l’éducation de leur enfant, alors qu’ils en sont les principaux acteurs, assistant à leur difficultés de la vie de tous les jours (anxiété, alimentation, sommeil, etc). Beaucoup de parents se tournent alors vers la médication, qui peut avoir des effets secondaires importants.

Une solution alternative serait d’agir directement sur ces dérèglement avant d’entreprendre une thérapie de « réadaptation » à la société, en offrant aux parents et aux enseignants des outils simples et naturels comme le yoga. Plusieurs études ont déjà exploré les effets positifs de la pratique du yoga sur les troubles tels que l’anxiété, l’apprentissage scolaire, la perception du monde et de soi-même, le degré d’empathie, le niveau d’énergie et la personnalité. On peut aussi observer une diminution des signes de névrose et de fatigue mentale, ainsi qu’une augmentation du quotient intellectuel et de la mémoire grâce au yoga. Voyons ainsi ce qui est rapporté concernant les enfants à besoin particuliers.

Le yoga prénatal pour prévenir les troubles du développement

Tout d’abord, le yoga prénatal peut prévenir certains troubles du développement en agissant directement sur le bien-être du foetus. La grossesse est une période de profondes transformations et peut donc affecter la santé mentale maternelle en l’absence de moyens adéquats de régulation émotionnelle. Or, plusieurs études révèlent que le stress, l’anxiété et la dépression maternelle prédisent certains troubles du développement en produisant des modifications physiologiques lors du développement du fœtus. En effet, certaines recherches démontrent que les mères ayant été exposées à une tempête majeure durant leur grossesse avait trois fois plus de chances d’avoir un enfant autiste. Le stress maternel créeraient une vasoconstriction limitant la circulation sanguine dans le placenta et donc l’apport en nutriment et en oxygène au fœtus. Cela induirait également une hausse du taux de cortisol (hormone du stress), transmis via le placenta, qui pourraient provoquer des symptômes de TDAH ainsi que plus d’agressivité chez l’enfant. Quant à la dépression prénatale, une problématique malheureusement sous-estimé, elle est associée à une moins bonne réceptivité aux stimulations et à une irritabilité plus importante chez les bébés. Ainsi, l’ensemble de ces troubles pourraient entraîner dès 14 mois des troubles d’apprentissage, d’attention, de comportement, d’anxiété, de dépression, de sommeil, d’alimentation et même entraîner des psychopathologies chez l’enfant autour de 10 ans. Une bonne gestion des émotions durant la grossesse pourrait donc réduire le risque d’apparition de troubles du développement chez l’enfant, et cela grâce à la pratique du yoga prénatal.

En effet, selon une étude en Californie, la pratique du yoga durant la grossesse permettrait une diminution du stress et l’augmentation des affects positifs, se traduisant par une chute du taux de cortisol. Ainsi, une expérience auprès de 96 femmes démontre une réduction significative de l’anxiété (-15,65%) et de la dépression (-29,12%) chez les femmes du groupe expérimental, contre une augmentation dans le groupe contrôle (+1,69%). Le yoga aurait aussi des effets sur l’optimisme, le sentiment de pouvoir et de bien-être, créant donc les conditions nécessaires au bon développement du bébé, en plus de préparer le parent à son arrivée. De plus, un nombre croissant de données scientifiques rapportent les effets de l’exposition aux toxines environnementales durant la grossesse sur les troubles du développement chez l’enfant. Or, le yoga va de pair avec un mode de vie sain, respectueux du corps et de l’environnement, qui permet d’éviter au minimum ce type d’exposition. En aidant à lutter contre la dépression et la douleur, il pourrait également se substituer à la prise de certaine médicaments durant la grossesse comportant des risques d’autisme pour le bébé (notamment le paracétamol et certains antidépresseurs).

Le yoga pour enfants à défis particuliers

Le yoga peut être un précieux outil de régulation pour les enfants ayant des défis particuliers. Une expérience a révélé que sa pratique chez des enfants avec un TDAH permettait une réduction significative des symptômes dérangeants comme le manque d’attention, la difficulté de poursuivre une tâche demandant de l’effort et l’impulsivité. Les symptômes du spectre de l’autisme chez des enfants de 7 à 12 ans ayant un QI de plus de 80 ont également diminué de 7.54% grâce à la pratique du yoga contre 0.79% en situation régulière dans les domaines suivants : socialisation, cognitif, sensoriel, santé et comportement. Selon les chercheurs, le yoga en groupe serait intéressant pour développer les habiletés sociales, en améliorant le contact visuel et l’imitation. Cela permettrait aussi de renforcer la conscience du corps grâce aux postures physiques ainsi que d’améliorer la santé (notamment les troubles gastro-intestinaux) grâce à l’action sur le système parasympathique. Le yoga a aussi été déclaré efficace comme thérapie d’intégration sensorielle pour la gestion de l’excès de stimuli et pour améliorer la santé mentale des enfants grandissant avec un TSA. Pour finir, le yoga auprès des mères d’enfants autistes semble être une approche efficace contre le stress, qui permet une meilleure gestion de l’enfant.

Il serait donc profitable à ces enfants que le yoga fasse partie de leur routine et qu’il soit intégré dans les écoles. En effet, les résultats obtenus dans le contexte scolaire rapportent une augmentation de l’attention et des capacités d’adaptation ainsi qu’une diminution des symptômes dépressifs et des problèmes comportementaux. Tout cela suggère que le yoga pourrait être une intervention thérapeutique efficace chez les enfants ayant des besoins spéciaux.

Mécanismes physiologiques du yoga

Il existe une méthodologie particulière pour adapter le yoga aux défis des enfants. En effet, suivant leur niveau d’attention et d’énergie, la pratique devrait demeurer stimulante, encadrante et imagée. Cependant, la dimension méditative dans le yoga devrait toujours être présente afin qu’ils en puisent tous les bienfaits. En effet, la concentration sur le corps et la respiration permet de détourner l’attention des pensées, émotions et sensations physiques parasitantes qui sont associées à de la détresse. C’est également un moyen d’accepter les différentes expériences vécues, qu’elles soient agréables ou non, sans chercher à poursuivre les bonnes ni éviter les mauvaises, ce qui aiderait à accepter les émotions. De plus, la méditation améliore également le contrôle des émotions, des pensées et des sensations corporelles et donc la gestion de soi, des qualités favorisant le bien-être des enfants à défis.

De plus, le yoga a de nombreux bienfaits sur l’organisme qui se répercutant au niveau mental : équilibre entre les deux hémisphères du cerveau, conscience du corps dans l’espace, flexibilité et équilibre corporel. La stimulation du nerf vague permet en effet de réguler de nombreuses fonctions végétatives dans le corps comme le système endocrinien, la digestion, le rythme cardiaque ainsi que la gestion du stress. Pratiquer le yoga trois fois par semaine au lieu de marcher aurait ainsi un effet positif sur l’humeur et l’anxiété, se traduisant par une augmentation de l’activité des récepteurs GABA impliqués dans les mécanismes de la détente. La méditation entraîne également des modifications dans certaines parties anatomique du cerveau, notamment celles qui sont impliquée dans la réponse affective à la douleur, ainsi que celles l’empathie et la compassion. Elle permet aussi de diminuer l’activité de l’amygdale en réponse à des stimuli affectifs et ainsi de diminuer le stress.

Tous ces mécanismes indiquent que de réels changements physiologiques se produisent dans le corps lorsqu’on pratique le yoga et la méditation, ce qui explique leurs bienfaits sur les femmes enceintes et les enfants. Cependant, un rapide détour par la tradition indienne du yoga est nécessaire pour comprendre l’essence de son pouvoir d’action dans une perspective plus holistique de l’être humain.

Conception holistique du yoga

Le yoga signifie jonction, union en langue sanskrite; il permet d’unir l’individu, d’harmoniser son être tout entier en traitant chaque partie de son corps, de la plus matérielle à la plus subtile, du corps à l’esprit. Le yoga est la toute première méthode holistique que l’occident ait connue, amenée à la fin du XIXème siècle en occident par Swami Vivekananda. Ses principes auraient été véhiculés originairement par Patanjali, un sage ayant vécu probablement quelques centaines d’années avant Jésus Christ. Dans cette discipline, l’être humain perçu comme un être complexe dont les différentes parties sont en constante interaction. La maladie équivaut à une rupture de l’équilibre général de l’organisme et donc à une perturbation de ses interactions; lorsqu’un désordre émotionnel survient, il peut avoir des répercussions sur le corps, et inversement. Alors que les thérapies occidentales se concentrent directement sur le symptôme, les approches holistiques agissent sur ses causes, qui dépendent étroitement de la santé globale de l’individu. Or, les facteurs modulant celle-ci dépassent largement la dimension organique et génétique, en reposant également sur l’environnement de l’individu qui influence activement l’expression de ses gènes (alimentation, activité physique, facteurs de stress, etc.).

Selon la philosophie du yoga, la pratique des asanas (postures) permet de libérer l’organisme des obstacles qui empêchent l’énergie de circuler librement. Lorsque la dimension du corps physique est « guérie », le corps énergétique peut à son tour mieux fonctionner, c’est alors que les corps émotionnels et mentaux peuvent eux-aussi s’équilibrer, et ainsi de suite. Les postures physiques favorisent la santé du corps en assurant une bonne circulation sanguine et donc un apport en oxygènes aux cellules ainsi que la libération des toxines. Un des objectifs de base des asanas est de maintenir la colonne vertébrale souple, permettant une meilleure circulation de l’énergie dans le système nerveux ainsi que la libération des tensions physiques et émotionnelle. La dimension énergétique de l’individu s’équilibre quant à elle grâce au contrôle de la respiration, faisant circuler l’énergie vitale dans le corps, celle-ci ayant une action sur la motivation, la capacité à bouger, à penser, à se détendre, etc. L’équilibre physique et énergétique ont donc une action sur la santé psychologique. Si son harmonie est troublée, des troubles peuvent apparaître, comme l’anxiété, la dépression, la colère, l’attachement excessif, etc.

Selon Patanjali, le yoga nous apprend à ne pas disperser notre énergie par l’expression excessive des émotions. Notre énergie se dirige systématiquement à l’endroit où nous portons notre attention, il est donc nécessaire de l’utiliser à des fins positives. Le « retrait des sens » exercé dans le yoga éloigne le mental des agitations aussi bien intérieures qu’extérieures, sources de souffrance psychologiques : les pensées, émotions et paroles négatives, les relations nocives, la nourriture de mauvaise qualité, les toxines environnementales, etc. Il permet ainsi de contrôler ses impulsions envers ce qui est néfaste pour la santé physique et psychologique. Ce type de retrait est particulièrement important à une époque où la stimulation sensorielle est présente en quantité excessive (publicité, télévision, internet, tablettes, etc.), étant donné les effets négatifs des écrans sur le développement intellectuel des enfants. Le yoga peut ainsi aider l’enfant à se détacher de ses impressions physiques, c’est pourquoi il peut être utiles aux enfants autistes vivant de l’hypersensibilité. Le yoga peut ainsi devenir outil pour transformer ses difficultés en forces. Il a également une dimension spirituelle, en menant à une union à son véritable Soi, c’est à dire à mieux se connaître et s’accepter en renforçant son amour pour Soi, mais aussi envers les autres. C’est en cela que sa pratique quotidienne est nécessaire à l’éducation des enfants qui construiront le monde de demain avec plus de joie et d’altruisme.

Le yoga semble donc être une pratique efficace pour prévenir les troubles du développement ainsi que pour améliorer la qualité de vie des enfants à défis particuliers. Il agit sur les sources de déséquilibres physiques et mentaux, considère l’individu de façon intégrale et en interaction avec son environnement. Sa pratique repose sur un savoir très ancien et ses mécanismes d’actions sur l’être humain peuvent s’expliquer de manière scientifique, ce qui lui donne sa place dans les milieux de garde, les écoles, les familles et les lieux thérapeutiques, lorsqu’elle est adaptée aux besoins de l’enfant. Cela ne pourra que lui apporter plus de bien-être dans des sphères que la thérapie classique peine à atteindre, et cela sans effets secondaires.

Monalisa Didier

Pour suivre un cours individuel de yoga parent-enfant à défis particuliers

Pour suivre un cours en groupe de yoga parent-enfant inclusif

Références

Abadi, M. S., Madgaonkar, J., & Venkatesan, S. (2008). Effect of yoga on children with attention deficit/hyperactivity disorder. Psychological Studies-University of Calicut53(2), 154.Avella-Garcia, C. B., Julvez, J., Fortuny, J.,

Rebordosa, C., García-Esteban, R., Galán, I. R., … & Santa-Marina, L. (2016). Acetaminophen use in pregnancy and neurodevelopment: attention function and autism spectrum symptoms. International journal of epidemiology, 45(6), 1987-1996.

Bershadsky, S., Trumpfheller, L., Kimble, H. B., Pipaloff, D., & Yim, I. S. (2014). The effect of prenatal Hatha yoga on affect, cortisol and depressive symptoms. Complementary therapies in clinical practice20(2), 106-113.

Bouchart d’Orval, J. (2012), Patanjali et les yoga sutras, Paris : Du Relié Eds.

Boukhris, T., Sheehy, O., Mottron, L., & Bérard, A. (2016). Antidepressant use during pregnancy and the risk of autism spectrum disorder in children. JAMA pediatrics, 170(2), 117-124.

Field, T. (2011). Prenatal depression effects on early development: a review. Infant behavior and development34(1), 1-14.

Frawley, D. (2002). Yoga et ayurvéda: autoguérison et réalisation de soi. Éd. Turiya.

Gallois, T., Wendland, J., & Tordjman, S. (2012). Effets du stress prénatal sur le fœtus et les données périnatales: une revue critique de la littérature. L’Evolution psychiatrique77(2), 291-301.

Gilman, S., De l’Estrade, T. (2017), Demain, tous crétins (film documentaire), France, Paris : YUZU Productions, Arte France, CNRS images

Harlé, B., & Desmurget, M. (2012). Effets de l’exposition chronique aux écrans sur le développement cognitif de l’enfant. Archives de pédiatrie19(7), 772-776.

Krakowiak, P., GOODLINJONES, B. E. T. H., HERTZPICCIOTTO, I. R. V. A., Croen, L. A., & Hansen, R. L. (2008). Sleep problems in children with autism spectrum disorders, developmental delays, and typical development: a populationbased study. Journal of sleep research17(2), 197-206.

Kok, B. E., Coffey, K. A., Cohn, M. A., Catalino, L. I., Vacharkulksemsuk, T., Algoe, S. B., … & Fredrickson, B. L. (2013). How positive emotions build physical health: Perceived positive social connections account for the upward spiral between positive emotions and vagal tone. Psychological science24(7), 1123-1132.

Monzée, J. (2006). La médicalisation des humeurs des enfants. Éthique publique. Revue internationale d’éthique sociétale et gouvernementale8(2).

O’Connor, T. G., Ben-Shlomo, Y., Heron, J., Golding, J., Adams, D., & Glover, V. (2005). Prenatal anxiety predicts individual differences in cortisol in pre-adolescent children. Biological psychiatry58(3), 211-217.

Reis, P. J., & Alligood, M. R. (2014). Prenatal yoga in late pregnancy and optimism, power, and well-being. Nursing science quarterly27(1), 30-36.

Rogé, B. (2012). Les interventions cognitivo-comportementales auprès des enfants et des adolescents atteints de troubles du spectre autistique. Intervention cognitivo-comportementale auprès des enfants et des adolescents: Troubles de comportement2, 113.

Rossner, M. (1995), Yoga, un nouvel espoir pour les enfants en détresse, Montréal : Louise Courteau Editrice

Satyapriya, M., Nagarathna, R., Padmalatha, V., & Nagendra, H. R. (2013). Effect of integrated yoga on anxiety, depression & well being in normal pregnancy. Complementary therapies in clinical practice19(4), 230-236.

Sotoodeh, M. S., Arabameri, E., Panahibakhsh, M., Kheiroddin, F., Mirdoozandeh, H., & Ghanizadeh, A. (2017). Effectiveness of yoga training program on the severity of autism. Complementary Therapies in Clinical Practice28, 47-53.

Streeter, C. C., Whitfield, T. H., Owen, L., Rein, T., Karri, S. K., Yakhkind, A., … & Jensen, J. E. (2010). Effects of yoga versus walking on mood, anxiety, and brain GABA levels: a randomized controlled MRS study. The Journal of Alternative and Complementary Medicine16(11), 1145-1152.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Agir sur les comportements problématiques avec la nutrition

brooke-lark-261793
Brooke Lark sur Unsplash

Comportements d’automutilation, agressivité, hyperactivité et anxiété: comment agir autrement qu’avec la médication?

1. Tout d’abord, il faut comprendre la cause du comportement:

Douleur, frustration, moyen d’expression, épilepsie, incompréhension, etc. Les causes peuvent être multiples et reliées entre elles, c’est pourquoi il faut adopter une approche globale avec les enfants. Or, l’organisme de l’enfant joue un rôle important dans la production de ses comportements. C’est pourquoi la nutrition est la base, le support de toute intervention. Elle rend l’enfant disponible aux apprentissages.

  • Lorsque la cause est biochimique et implique de la douleur : Selon la Dre O’Hara, les aliments absorbés modifient l’équilibre de la flore intestinale de l’enfant. Cela a un effet sur le fonctionnement de son organisme, incluant son psychisme et donc ses comportements. Si un enfant a des fragilités génétiques au niveau de l’autisme, son environnement alimentaire peut donc encourager cette potentialité à s’exprimer : l’enfant va avoir tendance à se refermer, à être anxieux, hyperactif, agressif, et/ou d’autres symptômes autistiques. Prenons l’exemple de l’alcool : lorsque nous ingérons de l’alcool, il est digéré par nos intestins et cela influe directement sur notre cerveau : nous pouvons voir notre état mental et notre comportement altérés. Il en est de même pour tout ce que nous ingérons. Nous sommes ce que nous mangeons !

Il faut alors examiner la source du problème : « qu’est-ce qu’il manque/est en trop chez votre enfant ? »

  • Problèmes intestinaux : Douleur, constipation, inflammation, prolifération microbienne : l’enfant a des gaz, des ballonnements ou/et des crampes. Sa réponse est alors une réponse de combat/fuite (évitement ou agressivité). Cela peut être lié à une alimentation qui ne lui correspond pas ou à des difficultés à éliminer correctement.
  • Quelque chose dans son régime alimentaire est en trop et ne lui convient pas, cela irrite alors sa flore intestinale : Gluten, caséine (produits laitiers), sucre, riz, aliments transformés, produits chimiques, etc. Chaque enfant est différent, il peut avoir une intolérance particulière.
  • L’enfant a des carences nutritives : il lui manque de la vitamine D, de l’acide folique, du Fer, du Zinc, du Magnésium et/ou des acides gras essentiels. Ces nutriments agissent sur l’humeur, la capacité de l’organisme à se débarrasser des toxines, les fonctions cognitives, la sensibilité émotionnelle, la digestion, l’appétit, etc.

  

2. Quels sont les signes indiquant qu’il faut changer son alimentation ?

  • L’enfant a le ventre gonflé, bombé, des selles rares ou molles, se met dans des positions étranges, sur le ventre, se plie sur les meubles, met les mains dans ses culottes, a le sommeil perturbé, un appétit excessif ou insuffisant, est irrité, anxieux, agressif ou hyperactif de façon soudaine, sans raison apparente. D’autres symptômes comme les difficultés d’apprentissage, de langage et de communication peuvent être en lien avec l’alimentation.

3. Quelles solutions apporter pour favoriser le bien-être intestinal et le bon fonctionnement de l’enfant ?

 

  • En tout temps, donner des fibres à l’enfant (légumes vert, pain complet), des probiotiques (yogourt sans additif ou suppléments) beaucoup d’eau, d’exercice physique (surtout la piscine qui est bonne pour la mobilité des intestins), de la vitamine C, des bains de sels d’Epsom, de l’aloès, des tisanes de Séné, des massages aux huiles essentielles, et tout ce qui semble faire du bien à votre enfant… Éviter les aliments transformés (OGM, pesticides, viandes non organique contenant du mercure et des antibiotiques, conservateurs, colorants, etc.) qui intoxiquent le corps, donner des protéines le matin (œufs, lentilles, graines de chia, noix, beurre d’amande ou d’arachide naturel). Adopter une alimentation variée et naturelle (légumes, protéines, suppléments de vitamines et minéraux, aliments frais, naturels, organiques et donc non modifiés).
  • Pour certains, (à essayer) : éviter les FODMAPS (aliments irritants pour certaines personnes sensibles, voir sur internet), le gluten, la caséine, parfois le soya, le maïs et les œufs, les sucres, les aliments gras. Si vous soupçonnez des douleurs abdominales, essayez une dose d’ibuprofène (10mg) pendant quelques jours. Si le comportement s’améliore, c’est que les crises de l’enfant sont liées à sa douleur et qu’il faut donc changer son alimentation (mais il peut y avoir un problème intestinal sans douleur).
  • Quelques aliments qui permettent de réduire l’inflammation et de rétablir la fonction intestinale : les avocats, les huiles de poisson, les graines de lin, les noix et autres acides gras oméga-3, le gingembre, le curcuma.

 

Attention : Il faut enlever ou ajouter un aliment ou un nutriment à la fois pendant quelques jours ou quelques semaines pour observer les effets et être sûr que cela est lié à cet aliment précis. N’oubliez pas que chaque enfant est unique et a ses propres besoins ! Ce qui marche pour l’un ne marche pas nécessairement pour un autre. Les enfants ont tendance à être fortement attirés par ce qui leur est personnellement néfaste : sucre, gras, un aliment en particulier, etc.

 

  • Quelques conseils pour changer l’alimentation de l’enfant sans qu’il refuse de manger : changer l’apparence des aliments (ex : couper, broyer, mixer les aliments), les mélanger, ajouter des saveurs et textures que l’enfant aime (épices, noix, graines, huile d’olive, de coco, de noisette, etc.), remplacer par des aliments similaires (ex : lait d’amande, lait de coco, farine de kamut, de riz ou autre sans gluten), substituer les aliments qu’il n’aime pas par d’autres ayant les mêmes propriétés (ex : protéines végétales au lieu d’animales, aller chercher d’autres sources de fibres), si l’enfant aime le sucre : trouver des aliments naturellement sucrés : compote maison (très simple à faire), miel, sirop d’érable, beurre d’amande et d’arachide sans ajout, chocolat noir, etc. C’est l’occasion d’être créatif!
  • Autres éléments à considérer (consulter un avis médical) : parasites intestinaux (influencent entre autres l’appétit et l’irritabilité), infection aux levures, maladies chroniques et infections bactériennes comme les PANDAS/PANS (touchent 1 enfant sur 200) : symptômes de TOCS, tics, agitation, agressivité, anxiété, TDAH, automutilation, anxiété de séparation, troubles du sommeil, troubles urinaires, maladresse, signes : langue framboisées et ongles fendus/décolorés.

 

4. Éléments importants à retenir 

 

  • Pour favoriser le confort intestinal de l’enfant et donc son bien-être et son bon fonctionnement dans la vie quotidienne : sommeil adéquat, bonne détoxification (transpiration et selles), relaxation (respiration, détente, méditation, yoga), massages, sport, alimentation équilibrée (variée avec des légumes, des protéines et des compléments si nécessaire) et adaptée (diète), réduction du stress (autant chez les parents que chez les enfants car ils sont comme des éponges et absorbent toutes les émotions !).

 

  • N’oubliez pas de changer une chose à la fois. Si cela vous paraît comme une montagne, voyez cela comme un défi, une nouvelle expérience. Ne vous découragez pas, toute évolution se fait pas à pas, cela prend de la patience. Chaque minuscule pas compte et vous finirez par trouver ce qui améliore le comportement de votre enfant, il sera ainsi plus disponible aux interventions. Et n’oubliez pas que vous faites déjà beaucoup pour votre enfant rien qu’en lui donnant de l’amour! Pour finir, prenez soin de vous, cela se répercutera aussi sur son bien-être.

 

Résumé par Monalisa Didier, d’après : O’Hara, N. (2016, novembre). Voir au-delà des comportements d’automutilation et d’agression chez les personnes présentant un trouble du spectre de l’autisme : quand devrions-nous envisager la présence de problèmes médicaux? Communication présentée par Autisme Montréal, Montréal, Québec.

Pour plus d’informations :

Liens sur les diètes : http://autisme-montreal.com/liens/biomedical/ ; http://autisme-montreal.com/liens/diete/

Autres références sur le entre lien flore intestinale et autisme: https://www.pressesante.com/autisme-bacteries-intestinales-cause/ ; http://www.portail-sante-holistique.com/relation-entre-autisme-desequilibre-microbiote/  ; http://www.quebecscience.qc.ca/Sante/De-bonnes-bacteries-pour-traiter-l-autisme/

Vidéo de Nancy O’Hara résumant cette approche : https://www.youtube.com/watch?v=IJe9ZqEmumw

Site de Nancy O’Hara : http://ihealthnow.org/index.html

Groupe Facebook : « TROUBLES DE DÉVELOPPEMENT – PRISES EN CHARGES ÉDUCATIVES ET BIOMÉDICALES »

 

Programme Caribou, un milieu stimulant pour les enfants autistes

laura-aziz-78171

Dans le cadre de mon DESS en intervention comportementale auprès des personnes avec un trouble envahissant du développement (TED), j’ai dû effectuer un stage de trois mois dans un milieu d’intervention avec cette clientèle. J’ai alors choisi le Programme Caribou, et je souhaite parler aujourd’hui de son approche globale et de la diversité des interventions qu’il propose.

Fonctionnement

Le Programme Caribou est un organisme à but non lucratif qui accueille des enfants de 2 à 6 ans avec un TSA. Il s’agit d’un établissement de jour où les enfants peuvent être admis en matinée, en après-midi ou toute la journée, du lundi au vendredi. Il fonctionne donc comme une garderie ; les parents les déposent le matin et viennent les chercher en fin d’après-midi. Durant la journée, les enfants bénéficient d’une stimulation intensive de la part des thérapeutes. Ils sont encouragés à développer leurs compétences cognitives, sociales, langagières, mais aussi de communication, de jeu et d’adaptation.

L’objectif principal du Programme Caribou est donc de faire évoluer les enfants dès leur plus jeune âge et de développer leur plein potentiel à travers des activités de jeu libre, de jeu avec l’adulte, d’activités de groupe, d’enseignement, de travaux autonomes et de demandes lors de la collation. Le but est aussi de préparer les enfants d’âge préscolaire à une éventuelle entrée à l’école. Ainsi, la routine de la journée permet d’aborder tous les aspects de la vie de l’enfant pouvant être problématiques comme les transitions, l’autonomie ou les demandes.

Pour cela, diverses approches sont utilisées pour répondre aux besoins spécifiques de chaque enfant : le modèle TEACCH (Treatment and Education of Autistic and related Communication Handicapped Children), l’analyse appliqué du comportement (ABA) pour l’enseignement, le PECS (Picture Exchange Communication System) pour la communication lors de la collation ou du jeu, et le modèle de Denver (ESDM) dans la salle de jeu, ou pour les enfants plus jeunes ou de bas niveau. Le programme s’adapte donc à chaque enfant en fonction de ses besoins et de ses résultats à l’outil d’évaluation PEP-3, il obtient un plan d’interventions avec des objectifs d’enseignements, de communication à l’aide du PECS selon son niveau et des objectifs de jeu et de socialisation dans la salle de jeu.

Le fait que les enfants se retrouvent en groupe (en moyenne 5 à 8 enfants par jour) leur permet d’expérimenter le jeu en parallèle, le partage et le tour de rôle. Le travail des thérapeutes est alors de les encourager à appliquer les règles sociales appropriées entre eux et de les amener à avoir du plaisir à jouer ensemble. C’est aussi leur rôle de les guider dans les jeux selon leurs intérêts pour qu’ils développent leur jeu symbolique, créatif, social, etc. Les thérapeutes utilisent aussi les jouets que les enfants aiment pour les encourager à faire des demandes à l’aide du système PECS.

Chaque enfant a un enseignement par demi-journée en 1-1, qui dure environ 20 à 30 minutes. Plusieurs objectifs sont alors travaillés selon ses difficultés, comme la motricité fine, l’association, l’imitation, la communication, etc. Les renforcements (récompenses) alimentaires et tangibles (jouets, objets) sont privilégiés aux détriment des renforcements alimentaires qui ne sont utilisés que lors de la collation, en contexte naturel. En effet, la nourriture est un puissant renforçateur qui permet aux enfants de faire des demandes de plus en plus complexes suivant les étapes du PECS, qui vont de l’échange d’image à la demande verbale sous forme de phrase. L’enfant a ensuite plusieurs passages en salle de travail seul, ou il effectue des tâches qu’il a apprises en enseignement, Le reste du temps, il passe du temps dans la salle de jeux avec ses pairs et va en collation une fois par demi-journée.

Activités

Durant la première semaine, j’ai observé le fonctionnement du centre et je me suis vite attachée aux enfants. J’ai appris à repérer chez chacun leurs intérêts, leurs difficultés, leurs forces et leurs comportements problématiques. J’ai essayé de nombreux jeux pour stimuler leur curiosité et leurs habiletés. J’ai pu ensuite commencer à enseigner aux enfants, deux à trois fois par jour ou à m’occupais des travaux autonomes, ou des collations. J’ai eu l’occasion de faire des activités manuelles avec les enfants, comme de la peinture, du collage ou des activités sensorielles. Nous avons décoré des citrouilles d’Halloween, ce qui en a intéressé plus d’un.

La musique et les comptines sont également des intérêts très développés chez la plupart des enfants avec un TSA, et qui s’avère être un bon support pour développer le langage et les jeux sociaux. En effet, le chant et les activités plus physiques comme la balançoire et la trampoline (qui se pratiquent à l’occasion dans le gym) sont autant d’occasions de communiquer avec l’enfant et de lui montrer qu’il est agréable de jouer avec l’adulte ainsi que ses pairs, selon les principes du modèle de Denver (ESDM). J’ai fréquemment fait des activités de jeu social dans le but de leur apprendre à faire le signe « encore » pour instaurer une communication avec l’adulte, car le langage des signes est aussi utilisé pour soutenir la communication. J’ai trouvé cette pratique très intéressante et c’était émouvant de voir les enfants faire le signe pour la première fois, représentant une forme de communication dirigée vers quelqu’un en dehors d’un besoin primaire qu’est la nourriture. J’ai aussi créé des activités spécifiques pour les besoins de chacun ou adapté des jeux de société pour les rendre plus évidents, ce qui m’a permis de faire des jeux structurés avec eux de manière individuelle.

Tout cela m’a fait constater que d’autres pistes étaient envisageable pour aider les enfants ayant un TSA, en dehors de l’intervention comportementale intensive (ICI) qui est mise en avant dans cette formation. Ainsi, le Programme Caribou est une alternative insistant plus sur la communication et la socialisation que sur les apprentissages scolaires.

Finalement, j’ai beaucoup apprécié les valeurs de ce centre et la mixité dans les méthodes, permettant de s’adapter individuellement à chaque enfant. Selon moi, cela se rapproche de l’intervention idéale pour les enfants autistes, avec un mélange de structure et de flexibilité, d’enseignement et de jeu, d’individuel et de collectif… Mais ce que je préfère dans ce type d’intervention, c’est l’importance des apprentissages en contextes naturel et du jeu qui semblent apporter beaucoup de motivation et de plaisir aux enfants. Cela leur assure un développement progressif tout en respectant leur propre rythme, étant donné que leurs intérêts sont pris en compte. En effet, il y a un côté merveilleux à les voir arriver le matin un par un avec leurs tuques et leurs pantalons d’hivers, leurs grands sourires, leurs câlins et leur entrain à commencer la journée en jouant. On se dit qu’on est chanceux de travailler au quotidien avec une clientèle aussi attachante que les enfants autistes.

Monalisa Didier

http://autismecaribou.com/fr/

Autisme et intervention ABA: témoignage

aaron-burden-60068
Aron Burden sur Unsplash

Autrefois, la plupart des enfants diagnostiqués avec l’équivalent d’un trouble du spectre de l’autisme (TSA) étaient isolés et placés en institution sans aucune perspective d’avenir. Aujourd’hui, leurs spécificités cognitives ont été mises en lumière et leur condition est vue davantage comme une différence plutôt qu’un handicap. Grâce à ces découvertes, des thérapies se sont développées dans le but de les faire évoluer dans leurs apprentissages. C’est à partir des recherches du Docteur Lovaas dans les années soixante que de nouvelles méthodes comportementale ont été mises en place en s’adaptant à leurs particularités. L’Analyse appliquée du comportement (plus communément appelée « ABA » pour Applied Behavior Analysis) est une thérapie qui découle de ses recherches, développée et perfectionnée pendant de longues années. Visant à améliorer les comportements des enfants autistes, elle s’adapte à leur mode de fonctionnement tout en les encourageant à s’adapter progressivement aux nôtres, nous les « neurotypiques ». Ses principaux buts sont de résoudre certaines difficultés fondamentales tout en permettant la progression des apprentissages des enfants, car le quotidien des enfants autistes et de leur famille est souvent agité. L’objectif des intervenant(e)s est d’obtenir des résultats à long terme afin que leur vie de tous les jours soit plus fonctionnelle. En effet, leurs difficultés à s’exprimer et à demander ce dont ils ont besoin, leurs fragilités émotionnelles et leurs rigidités face au changement peuvent entraîner des crises très intenses et douloureuses pour eux et leur famille. L’ABA est alors une perspective leur permettant d’utiliser des moyens de communication plus adéquats et d’évoluer dans leurs apprentissages.

Mon expérience

Lorsque j’ai découvert la thérapie ABA, qui se base globalement sur l’encouragement des « bons » comportements et l’éloignement des « mauvais » comportements à l’aide d’un système de récompense, j’étais plutôt sceptique. Le fait de donner des récompenses à l’enfant comme on le fait avec un animal et de le guider vers des comportements convenables pour le rendre plus conforme aux enfants de son âge me faisait au début penser à une sorte de programmation, de négation de son individualité. Mais en allant y voir de plus près, je me suis aperçue que cette méthode obtient des résultats significatifs chez les enfants autistes (H.A. de santé, 2012). Mais j’ai surtout découvert qu’il ne s’agit pas seulement d’une histoire de rendement ou de normalisation des enfants, mais que cela les aide à développer leur personnalité, en leur faisant découvrir de quoi ils sont capables.

En prenant connaissance de tous les bienfaits de cette thérapie, j’ai donc eu envie d’apporter ma pierre à l’édifice. J’ai débuté avec un enfant de six ans, qui parlait très peu et ne jouait presque pas. Il faisait fréquemment des crises et avait des difficultés à rester concentré. Lorsque je viens pour la première fois, au début du mois d’août, il n’a pas suivi de thérapie depuis le début de l’été. Il me dit bonjour avec l’incitation de sa maman, et me regarde attentivement. C’est un enfant qui aime travailler de façon très appliquée, et qui suit facilement les consignes selon elle. En effet, lorsque la thérapie commence, je le trouve consciencieux dans son travail, une des qualités que l’on retrouve chez les enfants ayant un TSA. Il a une bonne mémoire et comprend assez vite les consignes. Le problème reste son manque d’attention et de communication, qui n’arrangent pas son comportement agité. Il a aussi un certain retard à rattraper dans ses apprentissages scolaires.

Evolution de l’enfant

Très vite, à travers les séances, une certaine routine s’installe. Lorsqu’il me voit arriver, sa maman lui dit de me dire bonjour. Après quelques mois, il me le dit tout seul sans incitation. Avant de travailler, je lui rappelle ce que nous allons faire, en utilisant des pictogrammes pour illustrer chaque étape, et cela semble le rassurer d’avoir un support visuel, comme s’il était en confiance. À chaque séance, nous alternons entre le travail et le jeu, avec une pause au milieu des deux heures. À ce moment-là, nous allons dehors et cela lui permet de se défouler et de souffler loin de la pièce de travail. Il me rappelle souvent qu’après le travail nous allons aller dehors et cela le motive à travailler. Ainsi, malgré les températures glaciales de l’hiver, nous sortons à chaque séance dans la cour de son immeuble, ballon sous le bras, sans oublier les clefs, pour lesquelles il a une certaine fascination. L’ordre des tâches est alterné à chaque séance pour l’habituer au changement, même si un certain cadre est conservé pour ne pas trop le perturber. Les programmes sont diversifiés et vont de l’apprentissage des lettres aux tâches de motricité fine. Après chaque travail, il peut choisir un jeu qu’il aime, ou parfois un bonbon lorsque le travail est plus difficile. Étant donné son goût pour les sucreries, j’essaie de limiter ce type de récompense et lui propose plus souvent des jeux, afin d’étendre son répertoire d’intérêts, qui est assez limité. J’essaie donc de lui montrer les possibilités qui s’offrent à lui avec les différents jeux, pour qu’ensuite il aille spontanément vers ce qui lui plaît. Il aime aussi beaucoup la musique, et lorsqu’il a bien travaillé il peut écouter ses chansons préférées, à condition qu’il danse au rythme de la musique et non qu’il en profite pour s’autostimuler, c’est-à-dire se laisser aller dans la recherche de sensations physiques, comme taper des mains très fort. Cela est problématique dans la mesure où il peut parfois se faire mal et qu’il ne prête plus attention à l’environnement extérieur. Or, les enfants autistes sont souvent obnubilés par ce que peut leur procurer leur environnement physique, pour certains à cause d’un manque de sensibilité physique, pour d’autres à cause d’une hypersensibilité. Cela les rend indifférents à l’aspect symbolique des choses, car ils restent préoccupés par leur côté mécanique et physique exclusivement. Il faut donc les aider à mettre en relation les informations pour leur faire comprendre le sens et la fonction des choses et des mots à travers les activités guidées.

Au fil des mois, je peux constater qu’il diversifie progressivement ses intérêts. Il peut maintenant s’occuper de façon plus autonome et autrement qu’en sautant et tapant des mains dans la maison. Il joue maintenant de façon fonctionnelle aux jeux de construction, à la pâte à modeler, et joue même avec moi aux jeux de mémoire ou aux dominos avec amusement. Il comprend que c’est chacun son tour et il attend patiemment le sien. Au plan de son comportement, il a fait des progrès significatifs ; il se concentre plus longtemps et fait preuve de patience, maintenant qu’il comprend mieux la notion du temps grâce aux pictogrammes. Avant qu’il ne commence la thérapie ABA, selon sa maman il n’était pas possible de sortir faire des courses avec lui. Il ne tenait pas en place et cela se transformait vite en crise. Maintenant il est capable d’attendre calmement même lorsqu’il n’est pas occupé par quelque chose. Il a aussi beaucoup amélioré son langage, alors qu’il n’utilisait qu’un seul mot pour exprimer ses désirs : pour demander d’aller dehors, il disait « soulier », car cela lui évoquait la sortie. Aujourd’hui, il fait des phrases courtes et exprime certains désirs et intentions. Je l’ai habitué à me signaler lorsqu’il allait au toilettes ou chercher de l’eau au lieu de quitter la pièce en courant, ou à demander de l’aide pour quelque chose. Ce sont des paroles toutes simples mais qui changent beaucoup son quotidien. Ces interactions marquent le début d’un dialogue significatif avec son entourage. Il répond à des questions simples, ce qui esquisse le début d’une communication plus élaborée et basée sur l’échange. J’ai même été surprise qu’il me pose parfois des questions, en disant mon prénom. Lorsqu’il a des comportements inattendus comme celui-ci, cela est très encourageant, car je vois que tous ces efforts ne sont pas entrepris pour rien et j’ai beaucoup d’espoir pour cet enfant.

Richesses de l’intervention

Avec le recul, je trouve qu’il s’est établi un véritable lien entre nous, et comme il me fait confiance et parvient à s’amuser lors des séances, cela lui donne envie de travailler. Il y a une sorte de transfert qui s’installe comme en psychothérapie, il veut me montrer qu’il est capable de faire de son mieux pour que je sois fière de lui. Les gratifications verbales l’encouragent à faire mieux et lui font sentir qu’il est en mesure de construire quelque chose par lui-même. Peu à peu, la motivation qui venait des récompenses devient de plus en plus intrinsèque ; il développe des intérêts pour certaines tâches et atteint une certaine estime de soi. La thérapie à deux lui prouve aussi qu’avoir une relation avec quelqu’un peut être agréable et que communiquer a ses avantages. Il dépasse alors son sérieux pour se laisser aller à des sourires. Puis, à force de devoir se plier à certains changements, il finit par apprécier la nouveauté et s’intéresser de plus en plus aux choses extérieures pour délaisser ses sensations physiques. D’une façon générale, j’ai l’impression qu’il est plus capable de se contrôler, de contenir cette forte excitation durant la phase de travail, pour la laisser s’exprimer plus tard lors de notre temps à l’extérieur. Petit à petit, il apprend donc à se concentrer sur une tâche et à remettre ses désirs à plus tard. Cependant, cela n’a pas été simple ; il s’agit d’un apprentissage progressif et cela demande beaucoup de patience. Il faut accepter que parfois la séance soit moins productive et que l’enfant soit plus fatigué que d’habitude. Il faut alors savoir faire face aux tentatives de l’enfant pour fuir le travail, qui peuvent se traduire par beaucoup d’agitation et d’écholalie (vocalisations), bien que chaque enfant ait chacun ses habitudes et ses comportements spécifiques. Il est important de comprendre leur signification pour pouvoir y répondre adéquatement. Ce travail demande aussi de la créativité pour intéresser l’enfant et contourner les blocages qu’il peut avoir dans ses apprentissages. Il s’agit de s’adapter tout le temps à son état et à ses difficultés afin de l’emmener vers notre objectif.

Le fait de pratiquer l’ABA m’a fait réaliser qu’il s’agit d’une thérapie riche, qui prend en compte l’aspect cognitif de l’enfant dans une perspective éducative, mais aussi sa dimension singulière et émotionnelle. En effet, chaque programme est adapté à chacun selon son niveau de développement et son mode de fonctionnement. La thérapie se base aussi sur les principales forces et faiblesses de chacun. Cela demande beaucoup de souplesse et de patience, car chaque séance s’oriente en fonction de l’humeur de l’enfant, son niveau de coopération, sa fatigue ou son potentiel du moment. Il faut savoir ne pas trop lui en demander ou au contraire profiter de son état positif pour le faire progresser sur une certaine habileté. Il est important de toujours montrer son contentement même si l’enfant est moins concentré, car cela permet de maintenir son intérêt pour le travail. Cela fait donc appel à notre côté intuitif pour comprendre les comportements de l’enfant et y répondre. En tant qu’intervenant(e), notre attitude est primordiale envers ces enfants, car ils sont très sensibles à nos réactions, qu’elles soient verbales ou non. En fait, ces enfants plus sensibles que les autres ont besoin d’un certain climat pour se développer. Plus l’environnement est stimulant et attentionné, plus ils s’épanouissent. J’ai compris qu’une certaine voie était possible pour eux, à partir du moment où l’on établit une relation basée sur la confiance et l’échange.

Cette expérience m’a donc beaucoup appris sur ces enfants à part, qui n’ont pas les capacités innées d’interagir avec le monde de signifiants et de symboles qui les entoure. Il faut souvent leur montrer comment faire, car ils ne le découvrent pas naturellement. Ainsi, à force de les encourager à faire de leur mieux et par eux-mêmes, leur autonomie s’acquiert progressivement et ils apprennent comment procéder dans la vie de tous les jours. Il ne s’agit pas seulement d’apprentissage scolaires et pratiques, mais aussi d’une émancipation au niveau psychique, en stimulant leur communication et leur imaginaire. J’ai donc réalisé que le fonctionnement de la thérapie ABA n’est pas incompatible avec certains concepts psychodynamiques. Sa différence est qu’elle rend l’enfant actif continuellement, et permet donc des progrès plus rapides et ciblés. En effet, la thérapie ABA permet aux enfants de développer leur capacité d’entrer en contact avec le monde extérieur et à trouver les forces et les particularités qui leur sont propres. Autrement dit, ils apprennent à sortir de leur bulle et à développer leur identité à travers les activités qu’ils aiment. Le contexte d’apprentissage leur donne des raisons de créer un échange avec l’autre et leur montre que cela peut être gratifiant. Ainsi, ces outils leur permettent de faire émerger des capacités qui auparavant n’auraient jamais été soupçonnées par leur entourage, ce qui leur donne de belles perspectives d’avenir.

Monalisa Didier

Référence :

de Santé, H. A. (2012). Autisme et autres troubles envahissants du développement: interventions éducatives et thérapeutiques coordonnées chez l’enfant et l’adolescent. Mars.